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Femmes en zone de guerre : « Dans l’humanitaire depuis 22 ans, c’était moi qui avais besoin d’aide »

Published on 08/07/2025 at 17:59 | prnewswire.co.uk

Africa

NEW YORK, 07 March 2025 / PRN / -- « En 22 ans de travail dans l'humanitaire, je ne pouvais pas imaginer que c'Ă©tait moi qui avais besoin d’aide », raconte Anne-Marie Lurhakumnira Nabintu, employĂ©e d’ONU Femmes en RĂ©publique dĂ©mocratique du Congo (RDC).

En charge de projets pour assurer la sĂ©curitĂ© des femmes, elle vivait et travaillait Ă  Goma, chef-lieu de la province du Nord-Kivu, avant d’ĂȘtre obligĂ©e de partir et de trouver refuge le 1er fĂ©vrier Ă  Kinshasa, la capitale congolaise.

Anne-Marie Lurhakumnira Nabintu travaille pour ONU Femmes en République démocratique du Congo et est en charge de projets visant à assurer la paix et la sécurité des femmes.© UN Women Anne-Marie Lurhakumnira Nabintu travaille pour ONU Femmes en République démocratique du Congo et est en charge de projets visant à assurer la paix et la sécurité des femmes.

A l’occasion de la JournĂ©e internationale des femmes, ONU Info s’intĂ©resse aux souffrances des femmes qui vivent en zone de guerre et Ă  leur capacitĂ© de rĂ©silience.

L’est de la RDC est Ă  nouveau en prise Ă  une escalade de violence depuis janvier, le groupe armĂ© M23 ayant depuis pris le contrĂŽle des deux principales villes de la rĂ©gion, Goma et Bukavu.

L’offensive Ă©clair a fait des milliers de morts selon l’ONU qui craint un embrasement dans cette rĂ©gion trĂšs convoitĂ©e.

Selon ONU Femmes, l’agence onusienne pour l'Ă©galitĂ© des sexes et l'autonomisation des femmes, trente ans de conflit armĂ© ont entraĂźnĂ© la mort de plus de deux millions de civils et plus d'un million de femmes auraient Ă©tĂ© violĂ©es.

Anne-Marie Lurhakumnira Nabintu raconte ce qui s’est passĂ© au moment de la prise de contrĂŽle de Goma par le M23 fin janvier.

« Nous devions vraiment sauver des vies »

« D'abord, avant de quitter, on a vĂ©cu toute une semaine de dĂ©stabilisation oĂč l’on manquait d'eau, d'Ă©lectricitĂ©, il y avait une forme d'instabilitĂ© et de psychose sociale. Il nous a Ă©tĂ© proposĂ© d'Ă©vacuer nos maisons et Ă  quelques kilomĂštres de l'aĂ©roport, on a Ă©tĂ© obligĂ© de faire demi-tour. LĂ , les tirs nourris ont commencĂ© et c'Ă©tait vraiment le dĂ©sespoir. Il y avait des missiles qui commençaient Ă  aller du Congo vers le Rwanda et du Rwanda vers le Congo », explique-t-elle.

« Nous devions vraiment sauver des vies. Là, nous avons commencé notre course. Femmes, femmes enceintes, enfants, vieillards, malades, tous on devait marcher et pas seulement marcher mais courir. Depuis 22 ans que je travaille dans l'humanitaire à assister les déplacés, à aider les réfugiés, les personnes qui ont des problÚmes, les femmes avec leur famille, ce jour-là, je ne pouvais pas imaginer que c'était moi qui avais besoin de protéger mes enfants ».

J'Ă©tais dans une situation oĂč moi-mĂȘme je me sentais victime

Anne-Marie Lurhakumnira Nabintu Ă©tait avec d’autres familles des Nations Unies : « On Ă©tait 2.027 personnes sous les bombes et les tirs, et ce jour-lĂ , j’ai vĂ©cu l'expĂ©rience de quelqu'un qui a besoin d’aide. Dans mon parcours professionnel, je m’occupais de la prise en charge psychosociale. Je suis une conseillĂšre en stress et je pensais que je pouvais gĂ©rer mon stress. Mais ce jour-lĂ , j'ai senti que le stress est naturel et qu'on ne peut pas vraiment aller au-delĂ  de la sensation humaine ».

Face Ă  cette situation, elle s’est dit qu’étant le point focal sĂ©curitĂ© de son bureau, elle devait s’occuper de la sĂ©curitĂ© de ses collĂšgues et de leurs familles, dont des enfants.

Anne-Marie Lurhakumnira Nabintu a vĂ©cu 48 h particuliĂšrement intenses et extrĂȘmement effrayantes : « D'abord, les tirs. Et puis toutes ces tueries, toutes les exactions qui se passaient dĂ©jĂ  avant que les rebelles n'arrivent Ă  Goma ».

« Dans le passĂ©, je jouais toujours le rĂŽle de quelqu'un qui venait en aide. Mais lĂ , j'Ă©tais dans une situation oĂč moi-mĂȘme je me sentais victime ».

Assurer la protection des femmes

Avant l’escalade de la violence Ă  Goma et son Ă©vacuation, Anne-Marie Lurhakumnira Nabintu Ă©tait en charge de projets pour assurer la sĂ©curitĂ© des femmes dans une des rĂ©gions les plus instables du monde.

« Les besoins les plus pressants des femmes Ă  Goma, c'Ă©tait d'abord la protection humanitaire. Quand on parle de sauver des vies, bien sĂ»r, on parle d'eau, de nourriture, de couvertures. Mais selon mon expĂ©rience, je pense qu’il faut d'abord assurer la protection, parce que quelqu'un qui n'est pas protĂ©gĂ©, mĂȘme si vous lui donnez de l’eau, une couverture, c'est difficile ».

Selon elle, ce que redoutent le plus les femmes congolaises qui vivent dans cette partie du pays, ce sont les violences basées sur le genre, surtout les viols massifs.

« La deuxiĂšme chose, c'est la survie des familles, l'accĂšs aux moyens de subsistance. Comment se protĂ©ger et protĂ©ger nos filles contre les violences, et surtout le viol massif, parce que c'est devenu une habitude dans les conflits d'utiliser le corps des femmes pour faire peur aux communautĂ©s. La troisiĂšme chose que redoutent les femmes, c'est le conflit inter-ethnique. Dans mon expĂ©rience, la premiĂšre chose pour laquelle les femmes s'engagent c’est pour regarder comment renouer les liens entre les diffĂ©rentes communautĂ©s pour vivre en paix ».

Dans son rĂŽle au sein d'ONU Femmes Ă  Goma, la premiĂšre chose qu’Anne-Marie Lurhakumnira Nabintu cherchait Ă  faire Ă©tait « d'abord de renforcer les femmes dans le leadership et aussi de leur donner quelques outils pour la prise en charge psychosociale de leurs congĂ©nĂšres ».

Elle se dit trÚs fiÚre de toutes ces personnes qu'elle a pu aider à se relever sur le plan émotionnel et personnel.

« On est entrĂ© dans la chambre d’écoute oĂč elle m'a racontĂ© son histoire »

Elle parle d'une femme qu’elle a rencontrĂ© au camp de dĂ©placĂ©s de Mugunga : « Dans son village, cette femme a Ă©tĂ© violĂ©e par des groupes armĂ©s, elle a Ă©tĂ© violĂ©e devant son mari. Son mari a dĂ©cidĂ© de s'en aller et il l’a abandonnĂ©e avec 6 enfants ».

Dans le cadre d’un programme d'autonomisation des femmes, un centre communautaire avait Ă©tĂ© créé dans le camp de dĂ©placĂ©s Ă  Mugunga. Lors d’une sĂ©ance de conseil collectif, Anne-Marie voit cette femme qui est Ă  l'Ă©cart des autres, qui ne parle pas et qui se couvre.

« C'Ă©tait une musulmane mais sa façon de se couvrir la tĂȘte, c'Ă©tait un peu particulier. Quand on a terminĂ© la sĂ©ance, j'ai demandĂ© Ă  cette dame de s'approcher. Elle a dit : 'Je ne peux pas'. Je lui ai dit : ‘Pourquoi madame ?’ - Parce que je ne peux pas. Les autres, ils sont propres, mais moi je suis trĂšs sale'. Je lui ai dit : ‘Et pourtant vos habits sont propres’. Et elle rĂ©pĂšte : ‘Je ne peux pas’. Et puis je lui ai dit : ‘Mais tu peux parler avec moi ?’ Elle a rĂ©pondu : ‘J'en avais vraiment besoin, la façon dont vous Ă©tiez en train de parler lĂ , avec les autres’. Je l'ai attirĂ©e vers moi. On est entrĂ© dans la chambre d’écoute oĂč elle m'a racontĂ© son histoire ».

« Elle n'avait nulle part oĂč habiter et n'avait mĂȘme pas eu de bĂąches pour faire sa tente. Je l’ai amenĂ©e vers le responsable du Conseil national pour les rĂ©fugiĂ©s. Ils ont dit : ‘On va lui construire une tente’ ».

MĂȘme si ONU Femmes ne fait pas de prise en charge individuelle, Anne-Marie Lurhakumnira Nabintu s’est dit que cette femme avait besoin d'un accompagnement individuel. Une semaine aprĂšs, elle est allĂ©e dans sa hutte.

« Elle Ă©tait trĂšs contente parce qu’elle pouvait faire dormir ses enfants. On a parlĂ©. AprĂšs cinq sĂ©ances de prise en charge elle s’est relevĂ©e. Elle a commencĂ© Ă  participer avec les autres femmes du centre communautaire, avec notre partenaire « Ligue de la solidaritĂ© congolaise » oĂč il y avait des activitĂ©s de mĂ©tier, gĂ©nĂ©ratrices de revenus, des formations sur le leadership, il y avait aussi l'Ă©ducation financiĂšre pour qu'elles puissent accĂ©der au crĂ©dit. Elle a commencĂ© Ă  participer ».

Anne-Marie Lurhakumnira Nabintu a continuĂ© Ă  la suivre. « Une annĂ©e aprĂšs, elle a dĂ©posĂ© sa candidature pour ĂȘtre membre du comitĂ© de gestion du centre communautaire polyvalent et aujourd'hui, elle en est la vice-prĂ©sidente. Mais pendant son parcours, il y a eu d'autres attaques Ă  Mugunga, elle a encore Ă©tĂ© victime d’un deuxiĂšme viol. Je suis allĂ©e lui rendre visite. Elle avait rechutĂ©. Je l’ai encore prise en charge et elle s'est relevĂ©e et elle continue Ă  aider les autres femmes. Je suis trĂšs fiĂšre d'elle ».

SOURCE Centre d'actualités de l'ONU

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