En RDC, Julienne Lusenge veut crĂ©er « un monde harmonieux oĂč les hommes et les femmes se respectent »
Published on 08/07/2025 at 18:00 | prnewswire.co.ukNEW YORK, 09 December 2023 / PRN Africa / -- Julienne Lusenge a été reconnue pour sa contribution aux droits humains des femmes dans son pays depuis plus de 40 ans. De la prévention et de la réduction de la violence sexuelle et sexiste au renforcement de la participation et du leadership des femmes dans la consolidation de la paix, l'engagement politique et la société civile, cette militante, qui a notamment dénoncé les viols comme arme de guerre, mÚne un combat sans relùche.
Elle est Directrice exĂ©cutive du Fonds pour les femmes congolaises (FFC) et cofondatrice et prĂ©sidente de l'ONG SolidaritĂ© fĂ©minine pour la paix et le dĂ©veloppement intĂ©gral (SOFEPADI), une organisation basĂ©e dans la province de l'Ituri et qui promeut et dĂ©fend les droits des femmes et des filles. Elle est aussi membre du Conseil dâadministration du Fonds volontaire des Nations Unies contre la torture.
Etre la porte-parole des femmes congolaises
« Dans un pays en conflit, ce nâest pas facile de promouvoir les droits et la justice et donc câest ce travail pĂ©nible que nous menons avec les autres femmes qui a Ă©tĂ© reconnu par les Nations Unies. Ăa nous donne encore plus d'Ă©nergie pour continuer Ă promouvoir les droits humains », a-t-elle expliquĂ© dans un entretien avec Byobe Malenga, correspondant dâONU Info kiswahili, basĂ© Ă Kinshasa, en RDC.
InterrogĂ©e sur ce qui lâa motivĂ© Ă sâimpliquer dans la dĂ©fense des droits des femmes, elle raconte que quand elle Ă©tait en reportage comme journaliste dans des villages, elle a vu des femmes « qui n'acceptaient pas les conditions dans lesquelles les coutumes les mettaient ».
« Elles voulaient changer leur situation mais n'avaient pas la parole, n'avaient pas dâendroits oĂč s'exprimer. Et donc je me suis dit : je dois ĂȘtre la porte-parole de ces femmes, parce que moi j'ai Ă©tĂ© Ă©duquĂ©e par un pĂšre qui me donnait la possibilitĂ© de m'exprimer et qui Ă©coutait mes opinions, mes arguments. Je dois faire quelque chose pour ces femmes, pour leur crĂ©er des espaces oĂč elles peuvent s'exprimer, oĂč elles peuvent se faire Ă©couter », raconte-t-elle.
Changer les coutumes rétrogrades
Elle a donc dĂ©cidĂ© de travailler avec ces femmes « pour changer les coutumes rĂ©trogrades qui avilissent les femmes et pour lutter contre les violences, l'impunitĂ© du crime, des violences faites aux femmes ». Elle sâest battue « pour cette cause noble », car elle aimerait bien « arriver plus tard Ă crĂ©er un monde harmonieux en RDC oĂč les hommes et les femmes se respectent et travaillent dans l'Ă©quitĂ©, dans l'Ă©galitĂ©, pour le dĂ©veloppement de notre pays ».
Dans son combat, Julienne Lusenge fait de son mieux pour « ĂȘtre un modĂšle ».
« J'ai pris beaucoup de risques, jâai mis ma famille en danger pour que les femmes puissent accĂ©der Ă la justice au niveau national, mais aussi au niveau international », souligne la militante congolaise. « Ăa m'a coĂ»tĂ© beaucoup de choses. Ma famille a Ă©tĂ© menacĂ©e, moi-mĂȘme j'ai Ă©tĂ© menacĂ©e. On a tout perdu. Notre maison a Ă©tĂ© pillĂ©e. Mais cela ne m'a pas arrĂȘtĂ© parce que j'ai Ă©tĂ© soutenue par ma famille, mon mari et mes enfants qui me disaient quand je culpabilisais de voir comment on a perdu tout : âNon, tu fais un bon travail. Faciliter la justice pour les femmes, c'est un grand travail. Nous devons tâaccompagner et nous te soutenonsâ ».
Sa famille lui a rappelĂ© les femmes qui ont Ă©tĂ© battues, attaquĂ©es, agressĂ©es pour lutter contre lâimpunitĂ©. « Il y a une des collĂšgues qui a Ă©tĂ© dĂ©coupĂ©e par des coups de machettes par les milices parce quâon a travaillĂ© avec elle pour lutter contre l'impunitĂ© des crimes graves, des violences sexuelles dans les conflits », souligne Julienne Lusenge.
Trouver des financements
Selon elle, ce sont tous ces efforts des femmes quâelle doit continuer Ă porter pour aller de lâavant. « C'est ce que je fais chaque jour, je dois trouver le financement pour que ces petites organisations qui travaillent dans les communautĂ©s puissent arriver Ă rĂ©aliser rĂ©ellement la transformation qu'elles veulent apporter dans les communautĂ©s », dit-elle.
Interrogée sur les réussites dont elle est fiÚre, elle note en particulier les procÚs gagnés, « plus de 800 dossiers gagnés ».
« Nous avons rĂ©ussi Ă participer Ă l'Ă©laboration des textes de loi. Nous avons rĂ©ussi Ă travailler pour la paix pour restaurer la paix, former les femmes sur les rĂ©solutions des conflits. Nous avons rĂ©ussi Ă former les jeunes filles », ajoute-t-elle. « Aujourd'hui elles parlent d'elles mĂȘmes. Elles dĂ©noncent les crimes des violences sexuelles. Elles savent ce quâelles doivent faire s'il y a un tel acte qui est posĂ© sur leur corps. Et elles vont aussi sensibiliser les autres jeunes filles ».
Julienne Lusenge se fĂ©licite aussi du centre mĂ©dical qui fonctionne Ă Bunia, dans la province de lâIturi. Il n'a pas Ă©tĂ© facile Ă mettre en place. Il a fallu « mobiliser les ressources chaque jour pour faire soigner plus de 600 femmes qui nous arrivent par mois pour ĂȘtre soignĂ©es ».
Elle met en avant le nombre dâenfants nĂ©s du viol qui ont Ă©tĂ© « accompagnĂ©s dĂšs la grossesse, l'Ă©cole maternelle, l'Ă©cole primaire, l'Ă©cole secondaire,... jusqu'Ă l'universitĂ© ». « Et ces filles ont terminĂ©. Elles ont aujourd'hui leur diplĂŽme dâuniversitĂ© », prĂ©cise-t-elle.
MalgrĂ© la reconnaissance internationale, elle dit garder les pieds sur terre. « Je reste Julienne, je reste maman Julienne, et je suis accessible », explique-t-elle, ajoutant quâelle aide Ă mobiliser les ressources, pour des projets dâautres organisations.
Prix décerné pour la 1Úre fois en 1968
Les laurĂ©ats du Prix des droits de lâhomme de lâONU 2023 ont Ă©tĂ© annoncĂ©s en juillet et une cĂ©rĂ©monie est prĂ©vue au SiĂšge des Nations Unies Ă New York dans le cadre des activitĂ©s de commĂ©moration de la JournĂ©e des droits de l'homme, le 10 dĂ©cembre.
Le Prix, créé par l'Assemblée générale en 1966, a été décerné pour la premiÚre fois en 1968. Il est décerné tous les cinq ans pour « des réalisations exceptionnelles dans le domaine des droits de l'homme ».
SOURCE Centre d'actualités de l'ONU
